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Inspiration

20 ANS DE BOIS 13 September 2021

A l’aube du XXI ème siècle, tout architecte s’intéressant à la construction bois se devait d’effectuer un pèlerinage dans le Voralberg, province autrichienne pionnière au début des années 80 de l’essor de la construction bois contemporaine dans une approche environnementale. Au cours de nos visites de projets, les yeux écarquillés, nous scrutions les détails d’assemblage de verre, bois et métal, sachant que jamais nous ne pourrions convaincre les contrôleurs techniques de mettre en œuvre tous ces principes que nous avions consciencieusement mitraillés de photos. C’est à cette époque que je décidais de construire ma première maison à ossature bois dans un petit village du Périgord. A l’annonce de mon intention, la maire du village s’est écriée « comment, tu vas construire un chalet au pays de la pierre!! ». Eh oui, construction bois rimait avec chalet. Mais après avoir évoqué les nombreux séchoirs à tabac érigés dans le canton, j’entrepris de faire découvrir à mon édile les nombreuses constructions traditionnelles utilisant le bois : colombages, appentis, …

Au pays de la « pierre qui chante » le travail du bois est une tradition et je pus facilement entreprendre la construction d’une maison contemporaine s’inspirant des séchoirs à tabac (avec l’accord de l’ABF) sans tomber dans un néo-régionalisme de bon aloi. Murs à ossature bois, enduits à la terre, puits canadien, toiture en tôle ondulé cuivrée, je m’engageai dans le projet avec la foi du pionnier. C’était il y a vingt ans.

Et depuis, toujours fidèle à la filière bois, j’ai réalisé quelques équipements pour des collectivités locales dont je peux régulièrement constater la pérennité bien après la fameuse période décennale.

Un architecte qui construit pour lui-même une fois c’est bien, mais renouveler l’expérience ne peut être dû qu’à un changement de vie…

Il y a deux ans, je me lançai donc à nouveau dans la construction d’une maison en bois en région parisienne, et à l’issue de l’achèvement de cette nouvelle maison je mesurai le chemin parcouru car aucune voix ne s’était élevée contre le principe d’édification d’une construction en bois qui venait compléter les nombreux projets déjà implantés dans le voisinage.

Au fil du temps, le syndrome de la maison des 3 petits cochons et l’appréhension des édiles vis-à-vis de la construction bois se sont estompés, hormis une défiance, parfois justifiée, concernant le vieillissement naturel des lames de bardages. Le message doit être passé, construire en bois ne signifie pas nécessairement la réalisation de parements en bois, Il faut dissocier la structure de l’habillage de la façade. Mais comme l’exprimait un architecte québécois : « vous les français, quand vous construisez en bois vous voulez que ça se voit ! »                                            

Le grand bond en avant de de la construction bois, au-delà de toute considération écologique, tient d’une révolution structurelle et formelle.

Concernant la structure, c’est de l’Autriche, à nouveau, que la révolution est venue par le développement du CLT (Cross Laminated Timber ou Bois Lamelle Croisé). L’utilisation de ces panneaux de bois massif contrecollé va permettre de briser le plafond de verre de la hauteur grâce notamment à ses performances de résistance au feu. Les bâtiments à structures bois vont s’élever de plus en plus haut jusqu’à atteindre 85,4m pour le plus récent en Norvège : le Mjøstarnet. Pour être honnête, il faut reconnaitre que ces performances ne sont possibles qu’en mixant les matériaux. L’usage à bon escient du béton ou de l’acier pour leurs qualités structurelles respectives associées aux performances du bois (bilan carbone, rapidité et précision de mise en oeuvre) sont les pistes à suivre pour le développement de bâtiments environnementalement vertueux.

La révolution numérique va ouvrir un nouveau volet dans le développement formel des bâtiments à structure bois. L’utilisation des modeleurs 3D pour la conception des volumes couplée aux machines à commande numérique pour la découpe des pièces de bois va engendrer ce que j’appellerai la construction NURBS : la génération de formes complexes issues d’algorithmes mathématiques. La cité du vin à Bordeaux, de l’agence XTU, ou le Metropol Parasol de Séville de l’architecte Jürgen Mayer, illustrent parfaitement cette production néanmoins réservée à des ouvrages exceptionnels.

Dans un contexte où la décarbonation de la construction constitue une priorité (sinon une urgence), les atouts environnementaux, structurels et formels de la construction bois sont indéniables mais ne sauraient être optimisés que dans une approche multi-matériaux adaptée au principe de la filière sèche : l’assemblage à sec sur site de composants semi industrialisés en bois, métal ou béton. Ajouter à cela une démarche de conception intégrant la réversibilité de l’usage des bâtiments et la réutilisation des composants de la construction et nous entrerions dans un cycle vertueux. C’est plus qu’un vœu, c’est une exigence.

Didier Klinkammer

Architecte